11 avril 2014

[Généathème] À la découverte de Jeanne

Jeanne Carrus est née le 2 mars 1914 à Saint-Pierre de Paladru, fille unique du mariage de François Carrus et Marie Monin, marchands de grains. Elle est âgée de seize ans lorsque le 8 décembre 1930, sa mère décède. Elle épousera quelques années plus tard, le 18 avril 1936, Adrien Pommier originaire du même village.

 
A Saint-Pierre de Paladru, trois générations cohabitent: François Carrus, sa fille Jeanne & son époux Adrien, ainsi que leurs deux enfants, Jean & Christiane. C'est par quelques unes de ses lettres que je voudrais aujourd'hui que vous découvriez Jeanne. En 1960, son fils Jean est alors à la guerre, en Algérie:
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Le 25-10-60
Mon cher Janot
Que ces quelques fleurs et ce modeste colis t'apportent pour ton anniversaire un réconfort moral, joie, santé, bonheur. De nous tous reçois mon cher Janot, avec nos bonnes pensées, nos bons baisers.
Maman
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St Pierre, le 30-3-61
Mon Janot
En ce beau jour de Pâques, franchissant terre et mer que cette petite carte emporte avec elle les bons baisers de Maman. Les meilleurs amitiés de grand-père, les bonnes pensées de ton père Adrien. A bientôt mon Janot. Que cette carte te trouve en bonne santé. Comme elle nous quitte d'ailleurs avec un temps magnifique, j'espère que pour toi le vent de sable n'est pas été trop pénible. En attendant la grande joie de se retrouver, reçois mon Janot pour ce beau jour de Pâques, nos plus affectueux baisers.
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St Pierre, le 27 avril 1961
Avec ce muguet reçois mon Janot les bons baisers de Maman. A bientôt Janot et aussi de ton père qui pense bien à toi, reçois ses bons baisers.
Adrien
 
Dernière heure: aujourd'hui vendredi 28 avril, on vient de recevoir ta première lettre, après 8 jours sans courrier. Tout va bien pour toi, comme pour nous et merci de la part de grand-père pour cette lettre faite le mardi 25. Bons et affectueux baisers de tous les quatre. A bientôt. Christiane, ta frangine
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Mais l'époux de Jeanne, Adrien, décède dans un accident de la route le 9 février 1962. Son fils Jean sera alors rappelé d'Algérie. Puis Jeanne devint grand-mère le 3 novembre 1964, avec la naissance de Marielle, la fille de Jean. Suivront 4 autres petits-enfants. Marielle se maria et vécut plusieurs années à Lyon, où elle entretient une correspondance quasi quotidienne avec sa grand-mère:




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St Pierre, le mercredi 9.11.88
Chers Marielle et Gilles
Il est 10 heures quand j'écris et ici c'est une journée de pluie, c'est l'époque. J'espère que vous allez bien, ma petite Marielle je crois que ce n'est plus qu'une question de jours qui nous sépare de l'heureux évènement que tous nous attendons. Et l'on peut dire que patience: tout arrivera à point quand ce sera le moment. Je comprends que c'est les derniers jours les plus longs et avec l'arrivée de ce cher bébé tout sera vite oublié. Donc courage la naissance sera pour bientôt. Je vous remercie de la gentillesse que vous avez eut pour me procurer 2 paires de draps avec la maman de Gilles. D'ailleurs je veux lui mettre un mot quand j'aurais son adresse. Je remettrai le chèque à ta maman quand elle ira vers vous, ça m'ennuie un peu que ce ne soit pas réglé. Hier Sylvie a passé son code, mais pour ne pas changer, elle ne l'a pas eut. Elle en a été bien contrariée, on la comprend. J'espère qu'elle y arrivera bien un jour. Le transport de Laurent pour le collège marche bien, avec le fils Coste de Paladru. Les parents emmènent le matin et le soir Didier va les chercher à 6h 1/4 aux Abrets. A partir d'à présent à la maison ce sera plus calme question travail. Tout va bien en pensant que cela durera, moi je suis toujours dans mes chaussettes, heureusement que j'aime le tricot. Je pense aussi bien à Gilles qu'il n'est pas d'ennuis question travail, santé. Ma petite Marielle et Gilles en attendant patiemment l'arrivée du bébé, recevez de grand-mère ses gros baisers. Meilleurs amitiés de tous.
Jeannette
 
Avec le téléphone on ne craint rien pour se dire les choses comme elles se présentent. Pour le voyage de ta maman, vous verrez bien.
Grosses bises
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Le dit bébé naîtra le 25 novembre suivant. Jeanne fut pour la première fois arrière-grand-mère. Elle connut encore trois arrière-petits-enfants. Jeanne décèdera à l'aube, le 16 mars 1993.


Jeanne a toujours été attentionnée envers ses proches et elle priait pour sa famille, plutôt que pour elle-même. Jeanne était mon arrière-grand-mère et je suis l'enfant dont elle parle dans cette lettre.

30 mars 2014

Les possédées de Charavines ou la légende des aboyeuses


De nombreux témoins purent observer, entre 1834 et 1835 dans le petit village de Charavines, sur les bords tranquilles du Lac de Paladru, des jeunes filles au comportement anormal. Elles étaient prises de soudaines convulsions, de crises de hoquets ou d'aboiements.

Les pires excès se produisaient lors des rassemblements à l'église. On pouvait alors rarement communier en silence, car le mal était contagieux: le service religieux était troublé par des aboiements incessants de filles malheureuses qui se ruaient par terre, frappant de leur tête les murs, les dalles, les piliers ou les bancs. Elles agitaient leurs membres convulsivement, les yeux hagards, la figure pourpre et ruisselante de sueur. Leurs agitations étaient si fortes qu'on avait du mal à les retenir et parfois leurs aboiements ressemblaient plus à des hurlements. Les impulsions d'une seule femme entraînaient le déclenchement général.

Après leurs excès, bien qu'épuisées, les jeunes filles pouvaient reprendre une vie ordinaire: elles assuraient alors les travaux d'intérieur ou les travaux des champs. Le docteur Guillaud de Bourgoin estime qu'une centaine de filles furent touchées par ce mal. La population de Charavines ne dépassait alors pas les 800 personnes.

Pour les habitants de Charavines, ce mal ne pouvait être que l'œuvre du diable. Nombreuses furent les prières et offrandes adressées à la chapelle Notre-Dame de Parménie, située à quelques kilomètres de là. Certaines jeunes filles furent éloignées du village: elles voyaient leurs symptômes régresser puis disparaître. La maladie dura près d'un an et disparu aussi soudainement qu'elle était apparu.


L'histoire devint une légende et très vite, tout autour du Lac de Paladru, on se chuchotait lors des longues veillées auprès du feu l'histoire des aboyeuses.
 
Les aboyeuses? 
Tableau de Laurent Baud: les possédées de Morzine, http://commons.wikimedia.org
Cette dénomination vient du nom initial donné à ces crises: le mal de Layra (ou Laïra), occitan pour mal d'aboie, d'ou le terme d'aboyeuse. On trouve des cas semblables à Amou (Landes) en 1613 ou à Cazères (Haute-Garonne) en 1475. Les plus célèbres sont les affaires de Loudun (Vienne) dans les années 1630 et de Morzine (Haute-Savoie) vers 1860. Voici un extrait du récit fait par Pierre de Lancre, chasseur de sorcières, concernant le village d'Amou: "en cette petite paroisse, plus de quarante personnes, lesquelles, toutes à la fois, aboient comme des chiens. Cette musique se renouvelle à l'entrée de chaque sorcière qui a donné parfois ce mal à plusieurs. Si bien que son entrée dans l'église en fait layra, qui veut dire aboyer, une infinité". Ces symptômes sont très semblables à ceux de Charavines.
 
 
Sources: Le Moniteur Viennois (8 juin 1877), http://www.memoireetactualite.org/
Journal de médecine mentale, 1864, M. Delasiauve
Traité clinique & thérapeutique de l'hystérie, 1859, Dr P. Briquet, http://gallica.bnf.fr/
L'ethnologie de Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux
Le grimoire des loups-garous, 2010, E. Brasey
Poisons, sorcières et lande de bouc, N. Ghersi, http://crm.revues.org/ 
Données statistiques & démographiques: http://cassini.ehess.fr/
* Retrouvez de nombreuses références sur les affaires de Loudun ou Morzine sur http://books.google.fr/
* Photographies anciennes de Charavines issues du site http://www.charavines-autrefois.fr/, avec l'aimable autorisation de M. Corino

14 mars 2014

Des troupes pour les impôts

Sébastien Polaud-Bayard est mon triple ancêtre à la 11e génération. Il vécut à Recoin, paroisse de la Bâtie-Divisin, durant la fin du 17e siècle. Bien qu'il ne sache pas écrire, il fut élu par l'assemblée des habitants consul moderne et receveur des Tailles péréquées de la communauté, pour les années 1698, 1699 et 1700.
 
 
Mais le 27 février 1700, il se rend aux Abrets - le village voisin - où l'attendent le notaire Me Gueyraud ainsi que le secrétaire greffier, sieur François Berger. Il y fait rédiger un acte de subrogation: il désire se faire remplacer dans ses fonctions par Pierre Guttin, marchand de la même communauté.
 
Pour quels motifs mon aïeul a t-il décidé de quitter ce rôle, qui témoigne sans doute de l'estime qu'on lui portait au village?
 
L'acte nous apprend qu'en ce mois de février, le sieur Polaud-Bayard n'a exigé des cotisés que 300 livres et 45 sols... et que le receveur général de l'élection de Vienne, monsieur Dauny, lui réclame encore 180 livres et 4 deniers! Pierre Guttin promet alors de continuer la recepte et reçoit de son prédécesseur 14 livres de dédommagement.

 
On pourrait ainsi penser que Sébastien n'avait pas l'étoffe pour assumer ce rôle de collecteur de la Taille. Mais l'acte nous livre quelques lignes plus tard un autre détail: monsieur Polaud-Bayard doit également à son successeur 10 livres pour frais de logement. En effet, une brigade s'est établie à la Bâtie-Divisin pour contraindre au paiement de la dite Taille. Et les frais engendrés par cette brigade sont au compte du receveur.
 
 
Je pense que ce détail nous éclaire sur les motivations qui ont poussé Sébastien Polaud-Bayard à quitter ses fonctions. Était-il trop patient avec ses voisins? Dans ce cas, les militaires lui aurait suggéré de se faire remplacer. Ou peut-être avait-il du mal à supporter la pression de la brigade? Peur de se faire des ennemis?
 

Quel est votre avis ?
Ce qui est certain c'est qu'on ne plaisantait pas avec le paiement des impôts!
 

 
 
 
Source: registres de Me Gueyraud, notaire aux Abrets (AD Isère)

12 janvier 2014

[Généathème] Une nouvelle année généalogique

L'année 2013 fut pour moi très généalogique!
 
Quelques réussites

J'ai enfin mis en lumière la véritable vie d'Eugène Monin, cet oncle que j'ai connu par la légende familiale, qui le disait prêtre en Nouvelle-Calédonie, où il aurait disparu. Je me suis alors aperçu que malgré l'importance que représente la mémoire des anciens, elle est aussi parfois source d'erreurs. Il est essentiel de varier et vérifier ses sources.

Longtemps j'ai cherché un support pour partager mes découvertes avec ma famille proche mais aussi avec d'éventuels nouveaux cousins. J'ai enfin opté en mai 2013 pour Blogger, pour sa simplicité d'utilisation qui ne limite pas pour autant ses possibilités de développement. Je ne regrette pas mon choix.

J'ai découvert que j'étais loin d'être le seul à bloguer généalogie. La blogosphère des généalogistes s'agrandit donc et j'apprécie de lire régulièrement les articles et les histoires des autres généablogueurs.

La mise en ligne des archives départementales de l'Aube fut un grand moment. Cela faisait longtemps que je voulais trouver les ancêtres de mon aïeule Eugénie Brossier, originaire de Brienne-le-Château. C'est maintenant -en partie- chose faite.

Mon principal échec

Malgré quelques actes récoltés, je n'ai pas vraiment réussi à développer mes recherches sur mes aïeux d'Italie et de Suisse, par manque de moyens et de temps.
 
 
J'espère que 2014 m'apportera autant de passionnantes découvertes!

Je souhaite un retour aux sources pour cette nouvelle année généalogique.

Je me suis aperçu que très vite, lorsque j'ai débuté mes recherches il y a quelques années, j'ai enchaîné des noms et des dates. J'ai adoré résoudre des implexes et autres affaires d'ascendance: je cumule bientôt 2.200 ancêtres sur ma base Geneanet. Mais ce n'est pas -à mon avis- le but premier en généalogie. Pour la plupart de ces personnes, je ne sais rien de leurs conditions de vie, leur métier, leurs occupations, etc... Aussi je prévois de partir à la découverte de nouvelles sources d'informations afin d'illustrer et compléter la vie de mes aïeux.
 
Quelques projets
 
Je compte rechercher des documents sur mes ancêtres poilus, les sources d'informations étant de plus en plus nombreuses sur Internet. Ce sera mon hommage à ces hommes qui ont risqué leur vie pour notre pays.

Je vais entreprendre une opération de numérisation avec les cartons entiers de photographies et autres documents que j'ai regroupé ces derniers mois.
 
 
 
De belles heures généalogiques s'annoncent donc pour cette nouvelle année. Meilleurs vœux à tous et que 2014 vous apporte beaucoup d'ancêtres et de trouvailles.
 

7 janvier 2014

Les assurances de François Carus


Au gré de mes investigations familiales, j'ai découvert quelques documents qui m'ont éclairé sur l'évolution d'une propriété agricole, au début du XXe siècle: celle de la famille Carus située à Paladru.


François Carus, né en 1857, exerce la profession de marchand de grains dans le petit village de Saint-Pierre de Paladru. A partir de 1907, il va conclure de multiples contrats d'assurances sur ses biens, dont voici les détails.


Compagnie d'Assurances générales, Police n°24056, 30 janvier 1907 :
  1. 6.000 francs pour une maison d'habitation construite en maçonnerie et terre battue, couverte en tuiles
  2. 800 francs sur un bâtiment à usage de hangar, adossé à la maison (1) et de même construction
  3. 3.500 francs sur un bâtiment d'exploitation rurale, séparé des précédents mais de même construction
  4. 2.000 francs sur les ustensiles et provisions de ménage, meubles, linge et lits garnis, effets d'habillements et d'ornements, situés dans la maison (1)
  5. 1.500 francs pour le mobilier d'agriculture, harnachements et bois dans les divers bâtiments
  6. 2.500 francs sur les bestiaux et animaux de toutes espèces dans les écuries des bâtiments (2) et (3)
  7. 1.500 francs sur les marchandises quelconques dont se compose le commerce du grain, situées dans les bâtiments (1) et (2)
  8. 2.500 francs pour les pailles, fourrages et récoltes de toute nature dans les bâtiments (2) et (3), les grains après le battage pouvant se trouver dans la maison (1)
  9. 100 francs sur les pailles en meules et en plein air, à 10 mètres des précédents bâtiments
Soit un total de 20.400 francs


Il signe un premier avenant le 10 juillet 1911: il ajoute 500 francs pour l'augmentation de son mobilier agricole.

 
2e Avenant, le 6 octobre 1917. François a abandonné le commerce de grains pour se consacrer pleinement à son exploitation agricole:
  • Distraction de la somme de 1.500 francs sur les marchandises quelconques du commerce de grains
  • Ajout de 3.000 francs repartis comme suit:
    • 1.500 francs pour l'augmentation du bâtiment d'exploitation rurale (article n°3), ainsi porté à 5.000 francs
    • 1.500 francs pour l'augmentation des bestiaux et animaux de toutes espèces (article n°6), ainsi porté à 4.000 francs
Le 11 janvier 1919, un nouveau contrat est conclu. Voici les risques listés.

Compagnie d'Assurances générales, Police n°34426:
  1. 8.000 francs sur la maison d'habitation 
  2. 1.000 francs pour le hangar adossé à la maison 
  3. 3.000 sur le mobilier personnel situé dans la maison 
  4. 5.000 francs pour le bâtiment d'exploitation rurale 
  5. 3.000 francs pour un autre bâtiment d'exploitation rurale à environ 10 mètres des précédents, construit en maçonnerie et pisé, couvert à moitié d'ardoise, l'autre en chaume 
  6. 5.000 francs sur le mobilier d'agriculture dans les bâtiments (2) et (5) 
  7. 10.000 francs pour les bestiaux et animaux de toutes espèces, dans les écuries des bâtiments (4) et (5)
  8. 7.000 francs sur les pailles, fourrages et récoltes de toutes natures, contenus dans chaque bâtiment
  9. 100 francs sur les pailles en meules en plein air à plus de 10 mètres des bâtiments
  10. et 11. 4.000 francs sur une autre maison d'habitation construite en maçonnerie et pisé, couverte de tuiles et 2.000 francs sur le mobilier personnel dudit bâtiment
 Soit un total de 48.100 francs

En l'espace de dix années, les biens assurés par François Carus ont plus que doublés. C'est une propriété agricole florissante qu'il lèguera à son fils lors de son décès, le 20 juin 1948, à l'âge de 91 ans.



Sources: photographie du site http://numemoris.fr ; collection privée (documents) ; état-civil de Paladru