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3 juillet 2015

Challenge AZ: généalogie et sérendipité

Contrairement à l'année dernière, lors du challenge de 2014, je n'avais préparé aucun brouillon d'article pour cette participation. Je savais quel sujet j'allais aborder puisque mon thème était choisi depuis quelques temps: les aventuriers et les voyageurs de mon arbre généalogique.

J'avais listé les personnes concernées dans ma généalogie: les voyageurs de mon arbre sont plutôt des collatéraux (oncles, oncles par alliance, cousins). Mais pour la plupart de ces sujets je n'avais fait que des recherches sommaires et je me suis vite confronté à un problème de taille: le temps !

Souvenez-vous... Lors de mes résolutions en début d'année, je n'avais prévu aucun projet particulier, ni planifiée aucune recherche généalogique. Je vous avais fait part de ma volonté de succomber à la sérendipité et me laisser aller à des recherches qui parfois s'éloignent de mon but initial. Je n'ai jamais aussi bien tenue une résolution.



Ainsi lorsque j'ai voulu approfondir mes recherches sur Saint-Domingue, je me suis égaré à lire des récits de marins lors des campagnes de traite négrière au XVIIIe siècle (base Archim des Archives Nationales). Je me suis mis à lister les (très nombreux) descendants métissés d'Ennemond Perraud et de Bibiane, qui finalement sont aussi mes cousins. J'ai découvert des pages sur l'histoire du marronnage ainsi que plus généralement sur la condition des esclaves. Idem pour le Canada. Je me suis surpris à lire des destins de marins et de soldats (migrations.fr) et j'ai répertorié des dauphinois et d'éventuels collatéraux partis pour le Nouveau Monde (Fichier Origine).



Finalement je reportai chaque jour la rédaction de mes articles. Peut-être que je manque d'organisation: je n'ai rédigé que 12 articles sur les 26 possibles du challenge AZ. Mais j'ai trouvé de nouveaux sujets et découvert de nouvelles sources d'informations pour de futurs articles, qui seront la continuation (tardive) de ce challenge.

J'adresse un grand merci aux lecteurs, qui durant ce mois de juin ont franchi le cap des 4000 pages lues sur le Blog. Les deux articles les plus lus étant M comme Marine et S comme Saint-Domingue.



Image  © Pixabay

25 juin 2015

V comme Vache




François Revol est maître apothicaire et habite au Pont-de-Beauvoisin. Il possède des biens à La Bâtie-Divisin, une paroisse toute proche séparée par le village de Pressins.


François a justement appris que plusieurs paroissiens de La Bâtie-Divisin, profitant de son éloignement, menaient paître quotidiennement leur bétail sur les terres qui lui appartiennent. En ce 24 avril 1694 après midi, à l'heure idéale pour faire paître les bestiaux, notre homme se rend sur sa terre appelée Pré Capitan, d'une contenance de quatre sestérées, à La Bâtie-Divisin.



Il surprend sur son pré Madeleine Guttin, faisant paître la vache et la génisse âgée d'un an qui appartiennent à son neveu René Guttin.

François saisit alors les bestiaux des mains de Madeleine et les conduisit aux prisons du village de Pressins. Voulant être en règle avec les arrêts de la province, il fait la déclaration de sa saisie au juge du comté de Clermont. François réclama également au juge le droit de vendre la vache et la génisse au marché le plus proche, avant de devoir supporter des frais de geôle trop importants.

Le 1er mai 1694 François obtiendra du juge du comté de Clermont la permission de vendre la vache et la génisse qu'il avait saisi sur ses terres.

~


Source: Fond Angleys, Archives départementales de l'Isère (268J), illustration: france-pittoresque.com

23 juin 2015

T comme Testament


Testament d'Ennemond Perraud rédigé en 1741 à l'île de Saint-Domingue.


Par devant moi, maître Bonniel, notaire au siège royal de Saint-Marc, en l'île de Saint-Domingue et résidant au quartier de l'Artibonite, le huitième avril 1741 avant midi, est comparut sieur Ennemond Perraud, économe de l'habitation de sieur Claude Bidonne, habitant au dit quartier de l'Artibonite, dans la paroisse Notre-Dame des Verrettes et fils de feu sieur Joseph Perraud et demoiselle Anne Bérard, natif de La Côte-Saint-André, en Dauphiné, diocèse de Vienne et âgé d'environ 35 ans. Le dit Ennemond étant au lit, malade, dans un des cabinets du côté ouest de la maison principale de sieur Bidonne, mais toutefois sein d'esprit, mémoire, jugement et entendement, lequel a dicté son testament afin de disposer du peu de biens qu'il a plu à Dieu de lui donner.

Premièrement il recommande son âme à Dieu, le Père Tout Puissant, le suppliant par sa divine bonté de lui faire miséricorde et de la placer au rang des bienheureux. Il demande à son exécuteur testamentaire plus bas nommé de régler ses dettes et réparer ses torts, s'il y en a à réparer.

Il donne et lègue les esclaves listés ci dessous, à ses cinq enfants naturels nommés Marie, Pierre, Justine, Marthe et Jean-François, enfants mulâtres issus de lui et de la nommée Bibiane, négresse esclave au dit sieur Bidonne, tous enfants libres par la volonté du dit Bidonne et de Marie Saunier, son épouse, à savoir:

  • La Fortune, de nation Cotocoli
  • Mataquin et Navoine, de nation Liamba
  • Lisette, de nation Cauga et ses deux enfants, négrillon et négritte
  • Marie-Anne, nation Cauga

Tous les nègres listés ci dessus, au nombre de cinq grands et deux petits, sont étampés 'Perraud' sur le sein droit à l'exception du nommé La Fortune, qui est étampé 'Bidonne' sur le sein gauche, car le sieur Perraud avait utilisé la dite marque lorsqu'il n'avait pas encore d'étampe propre. Si l'un de ses enfants mulâtres venait à mourir, les sept têtes de nègres seront réversibles en part égale à ceux qui resteront.

Il lègue à son frère Jean-Baptiste, résidant à La Côte-Saint-André, les biens meubles et immeubles issus de la succession de leur défunt père Joseph Perraud, pour la bonne amitié que son frère lui a toujours porté. Le surplus de tout ses biens, il le lègue à Marie Saunier, épouse de sieur Bidonne, pour lui donner des marques de son respectueux attachement.

Il nomme et institue pour exécuter son testament le sieur Jacques Payer, capitaine de milices et habitant également au quartier de l'Artibonite, en le priant très instamment d'accepter cette commission. Le tout fait en présence de Jacques-Philippe Lafond, chirurgien et de François-Laurent de Mépieu, actuellement économe de l'habitation de Claude Bidonne, tous résidants au dit lieu de l'Artibonite.



Source: Archives historiques de l'évêché de Grenoble-Vienne
Illustrations: collections John C.B.

22 juin 2015

S comme Saint-Domingue

Ennemond Perraud, né aux alentours de 1706, est le fils de Joseph Perraud et d'Anne Bérard mariés le 7 février 1694 à Vienne (Dauphiné) en la paroisse Saint-André-le-Haut. Ennemond est ainsi le petit-fils de François Bérard, avocat à la cour de Vienne puis premier consul de cette ville en 1690 et de son épouse Huguette Bertrand, qui sont mes ancêtres à la 11e génération. Les membres de la famille Perraud furent quant à eux des bourgeois de La Côte-Saint-André.


Mariage des parents d'Ennemond, Joseph Perraud et Anne Bérard, 1694


C'est au hasard de mes recherches que j'ai trouvé des indices sur la vie d'Ennemond, en consultant le répertoire des archives communales de La Côte-Saint-André conservé aux Archives Départementales de l'Isère (côté 4E80). Dans ce répertoire est cité le testament d'Ennemond Perraud, natif de La Côte-Saint-André et économe de sieur Claude Bidonne, rédigé en 1741 à l'île de Saint-Domingue et conservé aux Archives de l’Évêché de Grenoble-Vienne (côte 5Z1/168). Il ne m'en fallait pas plus pour prendre rendez-vous auprès des archives de l’Évêché et consulter le testament en question...

Le document est conservé dans le fond des familles Bon et Pautrieu, des famille notables de Poliénas et de l'Albenc, deux communes situées à quelques 35 kilomètres de La Côte-Saint-André. Quel est le lien entre ces familles et celle d'Ennemond? Étaient-elles liées par mariage, par des affaires communes? Beaucoup de questions restent à résoudre.


Extrait d'une "carte de la partie française de Saint Domingue", 1789 (Gallica)


Des recherches dans les archives numérisées des ANOM (Archives Nationales d'Outre-Mer) m'ont cependant apportées des éléments de réponses. Sachant qu'Ennemond était l'économe de la plantation de Claude Bidonne, je me suis aussi intéressé à cette famille. Elle s'était établie dans la paroisse des Verrettes, à quelques lieues de Saint-Marc et à l'ouest de Saint-Domingue.

C'est en effet dans cette paroisses, Les Verrettes, que j'ai retrouvé l'acte de sépulture d'Ennemond en 1741.



Sépulture d'Emond Perot, 1741



" Le dix-huit avril de l'année mil sept cent quarante un a été enterré dans le cimetière de cette paroisse par moy curé soussigné le nommé Emond Perot économe de madame Bidone natif du bourg de La Coste St André province du Dauphiné, evesché de Vienne, après avoir reçu tous les sacrements et donné les marques d'un véritable chrétien. En foy de quoy j'ai signé le jour et an que dessus. "



Sources: ANOM, registres paroissiaux de Saint-Domingue, Archives historiques de l'évêché de Grenoble-Vienne et Archives Départementales de l'Isère

18 juin 2015

P comme Pionniers

Dernier chapitre de la vie de François Rullet, dauphinois originaire des Abrets (Isère) et partit pour le Québec en 1750. 


Jean-Baptiste Morin, fils de Joseph épouse Charlotte Rulé, fille de François

Charlotte, la fille de François, épousa à l'âge de 15 ans le 1er juin 1772 à Saint-Laurent, Jean-Baptiste Morin. La famille Rullet est désormais installée près de Montréal depuis plusieurs années.

Leur fille nommée Marie-Archange Morin est baptisée le 17 janvier 1776 et Charlotte décède le 31 janvier suivant, sans doute des suites de l'accouchement: elle avait alors un peu moins de 18 ans et était déjà mère de trois enfants !


Tutelle des enfants mineurs de feu Charlotte Desabray et de Jean Baptiste Morin

Suite au décès de sa fille, François fut nommé tuteur de ses petits-enfants, par décision du juge de la cour des prérogatives de Montréal.

Le 22 mars 1778, devant la même cour, il demande l'autorisation de vendre une terre au nom de ses petits-enfants. Le bien est situé à Saint-Laurent et doit servir à régler des dettes à la charge des enfants mineurs. L'acte précise que la terre est d'une contenance de 3 arpents de fond sur 23 arpents de profondeur et que des bâtiments sont construits dessus.


Travail agricole en Nouvelle-France, fin XVIIIe siècle



Cet acte nous prouve que la famille possédait des terres cultivables, qu'elle vivait des récoltes et de leur vente. L'île de Montréal était considéré comme le jardin de la Nouvelle-France. L'avoine, le blé, le chanvre, le lin et le tabac y étaient cultivés. On trouvait également une grande variété de fruits.


Exemples de bâtiments qui voyageaient entre la France et le Québec au XVIIIe siècle


Protégés des crises que connaissait la France et qui provoqueraient la Révolution, pour les pionniers venus chercher une nouvelle vie, la terre était généreuse dans le Nouveau-Monde.



Alentours de la ville de Montréal



Sources:
- Registres paroissiaux de La Bâtie-Divisin, Archives Départementales de l'Isère
- Archives en ligne du Québec, FamilySearch.org
Bibliothèque et archives nationales du Québec et banque de données Pistard
- Passerelle pour l'histoire militaire canadienne, www.cmhg-phmc.gc.ca
Listes des navires venus en Nouvelle-France sur le site: http://naviresnouvellefrance.net/

17 juin 2015

O comme Oran

Ultime chapitre algérien pour la famille Durand


(voir l'article B comme Boutlélis)


« Souvenirs de l'Algérie, Province d'Oran » (1856-1857) © ANOM

Jean-Baptiste Durand s'était installé au pays avec son fils homonyme. Le fils avait formulé une demande pour obtenir des terres à Boutlélis, une colonie agricole près d'Oran. La préfecture d'Oran lui rendit réponse le 4 septembre 1854 par ces mots:


~

J'ai l'honneur de vous informer que M. le Ministre de la Guerre vient de me renvoyer la demande de concession à Boutlélis que vous lui avez adressé. J'ai le regret de vous informer que par suite des nombreuses concessions accordées depuis peu à Boutlélis, il ne m'est plus possible de vous accorder une maison dans ce centre.
Si au moyen de vos ressources et par suite de vos projets d'exploitation vous avez l'intention de créer à Boutlélis une exploitation isolée, veuillez m'en informer. Il sera possible alors de vous concéder des terres sur lesquelles vous pourrez construire une ferme.
J'attends votre réponse pour informer le Ministre de la suite qui pourra être donnée à votre affaire.

~

Mais le décès du père va contrecarrer les projets du fils. Une lettre manuscrite de Jean-Baptiste Durand, écrite en 1856, nous en informe:



~

Oran, le 2 janvier 1856

Monsieur le Préfet du département, à Oran

En 1854 j'ai eu l'honneur de vous adresser avec toutes les pièces nécessaires une demande à l'effet d'obtenir la concession d'une maison et d'un lot de culture à Boutlélis. Sur votre proposition, M. le Ministre avait bien voulu faire droit à ma demande. Mais quand la décision vous parvint la seule maison qui se trouvât encore disponible à Boutlélis venait d'être accordée. Pour me dédommager sur une nouvelle proposition erronée de vous, M. le Ministre par dépêche qui m'a été notifiée pour vos bureaux, décida qu'un terrain de 99 hectares me serait accordé.

Cependant, Monsieur le Préfet, la mort de mon père qui survint tout à coup, la douleur de cet événement aussi soudain que pénible, les préoccupations commerciales qui en furent la suite et le règlement d'affaires de famille qui viennent seulement d'être terminées, m'absorbèrent tout entier et m'empêchèrent de poursuivre la solution de ma demande en concession.

Aujourd'hui, Monsieur le Préfet, dégagé de soins aussi graves et désireux de profiter des avantages qui m'ont été accordés par M. le Ministre, j'ai l'honneur de venir vous rappeler ma demande en vous priant de vouloir bien proposer à son Excellence de m'accorder 99 hectares sur les terrains encore disponibles les plus rapprochés du centre de Boutlélis.

Promettez moi d'espérer, Monsieur le Préfet, qu'en raison des motifs qui m'ont forcé de laisser ma demande en suspens, vous serez assez bienveillant pour en faire reprendre l'instruction à un point de vue favorable et en proposer la solution à mon avantage.

Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'hommage de mon profond respect.

Votre trés humble et très obéissant serviteur.

Durand

~

Je ne connais pas les suites exactes de cette correspondance de mon aïeul. Mais il dû surement abandonner son projet puisque trois ans plus tard, il est de retour en France où il épouse mon aïeule Marie-Véronique Jayet. Les époux s'établiront à nouveau à Bilieu, lieu de résidence de la famille avant leur départ pour l'Algérie.


Mariage de Jean-Baptiste Durand et Marie-Véronique Jayet, 30 avril 1859
Archives départementales de l'Isère


Source: ANOM, recherches faites par les bénévoles du Fil d'Ariane, merci à eux !

À propos de l'auteur

Entretien avec Mickaël Mange
(Blog MyHeritage, juillet 2014)

Portrait de généablogueur
(La Gazette des Ancêtres, novembre 2014)

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